Herbe et autres trucs

Ça fait longtemps que je n’avais pas été dans la nature. Plusieurs raisons à ça : la première étant que c’est laborieux de se déplacer en (putain de) fauteuil sur des sols naturels, qui ne sont jamais plats et roulants, souvent même en relief dans notre beau pays qui ne regorge pas de plaines horizontales infinies (tant mieux parce que c’est ennuyeux).
Aussi le fait que, comparé à avant où j’aimais sortir du sentier, grimper arbres et rochers, sauter, mettre un pied dans la boue du ruisseau, batailler comme un gosse quoi, je me trouve maintenant bien limité et c’est une frustration mentale à surmonter.

Nonobstant ces détails techniques et mentaux, je me suis retrouvé il y a quelques jours avec un pote dans un petit coin de nature bien calé, proche et en même temps assez perdu pour se sentir dans la tranquillité de la campagne.

Je vous fais la scène : un chemin carrossable dans un sous-bois en bordure d’un champ magnifiquement vert. Plat. De grands arbres clairsemés qui n’ont pas encore récupéré leurs feuilles. Un petit ruisseau qui dégouline tranquille, un pont qui l’enjambe… Au début un vent vif poussait rapidement des lambeaux de nuages devant le soleil, il faisait frais, puis au fur et à mesure il s’est calmé.

Il nous a fallu quelques dizaines de minutes. Au début, on emmène notre esprit pollué tout plein d’agitation. Entre nous et la nature il y a comme un voile qui nous empêche de voir les choses : Herbe, arbres, chemin, notre voiture garée là-bas, ce putain de vent frais. Pragmatique on peut dire.
Peu à peu, en même temps que l’agitation mentale se calme, le voile lui aussi s’évapore, et on commence à voir les choses plus clairement et finalement, à réaliser que l’on en fait partie. En fait, l’herbe sur laquelle je roule, il y a des dizaines de variétés différentes d’herbes et de fleurs dans deux mètres carrés ; tiens, des champignons ; et des bestioles ! Putain c’est aussi vivant que moi cette connerie-là en fait ! Les arbres sont remplis de bourgeons, dans un mois ils éclateront de vie végétale.
On avance un petit peu. Quelque chose que je n’avais pas remarqué, c’est que le bourdonnement sourd de la circulation est remplacé ici par le bruit des oiseaux. L’un comme l’autre on les oublie mais le deuxième est tellement plus agréable !
(Ne me traitez pas de hippie, tout ce que je dis là est aussi pragmatique et scientifiquement exact et vérifiable !)

Finalement le vent est tombé. Le soleil, encore printanier, chauffe déjà pas mal quand rien ne le masque. Nous nous posons par là et le laissons réchauffer nos peaux blanches. Dans Zeitgeist, très bon reportage que j’ai vu dernièrement, sorti en 2007, mais actuel et même plus pertinent encore aujourd’hui en 2015 (http://www.zeitgeistmovie.com), ils expliquent comment la majorité des religions humaines – notamment les trois grandes religions monothéistes, ou les mythologies égyptiennes, romaines, grecques – se basent en fait, hors symboles et enrobages, sur la vénération du soleil, qui y est le personnage central ! En plus du savoir scientifique : lumière, température et eau sont la base de la vie organique, il suffit de s’assoir face à lui pour ne plus en douter. C’est le meilleur pote de la vie dans l’univers noir et glacé.

Voilà, nous avons passé quelques heures là-bas, à discuter, se balader, fumer. Sans effort, sans contrepartie, une sérénité s’est emparée de moi, une certaine dose de bonheur. Je crois que ce n’est pas le fait que j’aime ça (la nature et tout) qui en est la cause principale, mais simplement le fait d’être humain. On peut reconnaitre des qualités aux villes mais il est certain que la vie et l’âme humaine ne peuvent s’y épanouir, elles y sont condamnées à dépérir. Et même le citadin le plus convaincu, aliéné, eh bien tant qu’il ne se nourrira pas de béton et d’huile de vidange, sera toujours un des nôtres, c’est-à-dire un animal, fils d’animaux, bouffeur d’herbes et céréales et animaux (plus ou moins modifiés).

Donc fils de la terre respecte ta mère

Ciao

lengpre

Le champ était bien gras, les roues s’enfonçait de 5 cm, on a bataillé comme des malins !

 

Pour ceux qui veulent, voici une courte nouvelle, écrite après l’accident quand je ne pouvais pas me promener en montagne et que l’envie était forte : Promenade en montagne

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